Dans la tradition juive
Un midrash dit que chaque jour de la semaine a son fiancé : dimanche avec lundi, mardi avec mercredi, jeudi avec vendredi, de sorte que le Shabbat s’est plaint au Seigneur disant : « tu ne m’as donné personne ! », et la réponse fut : « toi, tu es fiancée à Israël. » Ainsi le jour du Shabbat est comparé à une fiancée qui s’avance chaque semaine à la rencontre de son époux Israël. D’ailleurs, la Amida du Shabbat est constituée de 7 bénédictions, comme pour les célébrations de mariage. Noter que c’est l’image inverse que celle à laquelle la Bible nous a habituée : Dieu est l’époux, et le peuple est l’épouse.
Ainsi, le refrain du Lekha dodi (chant composé à Safed, Galilée au XVIème siècle) s’adresse au peuple en prière et dit : « va mon bien-aimé à la rencontre de la fiancée, accueillons le Shabbat ! »
Le Talmud (Shabbat 119a) raconte que Rabbi Hanina se couvrait de son talit le vendredi soir et sortait dans la campagne disant : « sortons à la rencontre de la reine Shabbat » (Shabbat ha-Malka) ; les kabbaliste de Safed avaient ainsi pris l’habitude de quitter la ville et de dire dehors les psaumes de Qabalat Shabbat.
Les couplets du Lekha dodi sont remplis de versets bibliques invitant à la joie à cause de la grâce que Dieu fait à son peuple : « redresse-toi, sors de tes ruines… revêts-toi de splendeur…réveille-toi, ta lumière arrive, …réjouissons-nous et exultons… » A la fin, tous se tournent vers la porte de la synagogue en disant le dernier couplet : « viens en paix, couronne de son époux, dans la joie, le chant et l’allégresse, au milieu des fidèles du peuple de prédilection, viens fiancée, viens fiancée. » La reine Shabbat, en effet, est censée arriver par cette porte.
Va, mon bien-aimé, au-devant de la Fiancée, allons accueillir le Shabbat.
“Observe” et “souviens-toi” : C’est en une seule parole que le Dieu Un et Unique nous fit entendre ces deux injonctions (du Shabbat). L’Éternel est Un et Son Nom est Un, unique Sa renommée, Sa gloire et Sa louange.
Venez, allons au-devant du Shabbat, Car il est la source de toute bénédiction. Dès l’origine, le Shabbat fut couronné : Il clôt l’œuvre de la Création, mais dans le dessein du projet divin, il était premier.
Sanctuaire du Roi, Ville royale, de tes ruines relève-toi ! Trop longtemps tu es demeurée dans la vallée des pleurs. Mais voici que Lui S’émeut de ton sort.
Secoue la poussière, relève-toi ! Revêts-toi de tes vêtements de splendeur, ceux qui font la gloire de Mon peuple. Par le fils de Jessé, le Bethléhémite, approche-toi de mon âme afin de la délivrer.
Réveille-toi, réveille-toi ! Enfin ta lumière brille. Monte, ma lumière, et illumine. Éveille, éveille, entonne un chant, car la gloire de l’Éternel par toi se révèle.
Tu ne seras plus humiliée, tu ne seras plus méprisée ! Pourquoi soupirer et gémir, toute accablée ? En toi, les humbles de mon peuple trouveront refuge et voici que la Ville sur ses ruines sera rebâtie.
Tes spoliateurs à leur tour au pillage seront livrés, tous tes oppresseurs seront chassés. Ton Dieu Se réjouira enfin de toi, comme l’époux de sa fiancée.
De tout côté, débordera ta joie, en accueillant la gloire de l’Éternel. Par le fils de Pèrets, nous nous réjouirons et nous exulterons.
(L’Assemblée se lève et se tourne vers la porte d’entrée pour accueillir le Shabbat, la princesse nuptiale)
Sois la bienvenue, toi, diadème de ton Époux ; viens, dans la joie et l’allégresse,
Jusqu’aux fidèles du peuple de prédilection, viens donc, Fiancée, viens donc Fiancée !
(Traduction Rivon Krygier)