Un ami africain très cher, dans un pays lointain, m’a demandé de l’aider à rédiger un papier, pour l’une de ses rencontres au niveau d’un club de solidarité internationale, sur le thème de “la nécessité et la motivation de faire sans rien attendre en retour”.
Le texte suivant est le modèle qui lui donnera quelques pistes de réflexion. Malheureusement, mon état grippal de cette semaine et mon état de zombie, ont eu raison d’une réflexion et d’une rigueur plus développées. Je vous en livre cependant quelques passages.
Le don, le don de soi, donner sans rien attendre, aimer gratuitement sans être sûrs d’être payés en retour … Au dela de ce simple altruisme, de cette philanthropie, de cet humanisme cher à bon nombre de nos contemporains, qu’est ce qui pousse réellement certaines personnes à FAIRE gratuitement, sans rien attendre en retour, est ce que c’est une attitude que je peux aussi faire mienne aujourd’hui, et pourquoi est ce que je l’adopterais ?
Il y a ceux pour qui tout est une affaire de fric. Le volontariat, le bénévolat sont des inepties. Leurs seuls intérêts dans la vie est ce qu’ils peuvent retirer de tout ce qu’ils entreprennent. Rien dans leur vie n’est jamais gratuit. Ils n’ont de cesse que de courir après un gain, licite ou non. En dehors de cela, rien n’a d’intérêt pour eux. L’appat du gain est leur seule raison de vivre, le seul sens de la vie.
Il y a ceux qui se rendent compte que courir après des chimères ne les comble pas, ne remplit pas leur vie. Ils ressentent comme un vide. Ils ont toujours reçus, mais n’ont jamais rien donné d’eux-même, gratuitement, juste pour faire plaisir, pour rendre service, par amour.
Il y a tous ceux pour qui FAIRE sans rien attendre en retour semble comme une évidence, comme une seconde nature. Ce sont des gens généreux, qui ne comptabilisent, ni leur temps, ni leur énergie, pour se rendre utiles auprès de ceux qui sont dans le besoin.
On a toujours besoin de quelqu’un. L’humanité est un grand corps social dans lequel chacun d’entre nous est un membre. Chaque membre a besoin l’un de l’autre pour fonctionner. La tête toute seule ne serait rien sans les bras et les jambes, une jambe serait inutile sans le reste du corps.
Qu’est ce qui va rendre pleinement heureux l’être humain ? Le fric, la possession matérielle, le pouvoir, l’exercice d’une sexualité débridée ? Interrogez les gens … Au delà des espaces furtifs de joie à cause de cela, un grand vide remplit leur vie. Laissez-les s’arrêter cinq minutes et réfléchir sur eux-même et vous allez très vite voir des gens s’effondrer. Comment se fait-il que c’est dans les pays où l’opulence matérielle est la plus grande, que le nombre de dépressions nerveuses et de suicides soit aussi le plus élevé.
Je crois que d’un point de vue purement anthropologique, la définition même de la vie humaine est d’être don. ÊTRE ! On passe maintenant du “Faire” ou de l’”Avoir” à l’”Être” et à l’”Être avec“.
Remarquons bien que les gens les plus heureux sont les personnes amoureuses, les personnes qui s’aiment et qui sèment autour d’eux de l’amour.
Ne rien attendre en retour par rapport à des actes posés, est, par essence même, l’expression de la mise en oeuvre même du moteur qui anime la personne humaine. La clé de la joie parfaite réside dans la connaissance de cette loi anthropologique, même si la nature égoïste de l’être humain a tendance à combattre inexorablement cette donnée élémentaire. Ignorer cela, c’est aller à l’encontre même d’une réalisation personnelle épanouissante.
Cela ne veut pas dire que nous allons tous devenir du jour au lendemain des Mère Térésa. Mais cela veut dire que là où nous sommes actuellement, nous pouvons à nos petits niveaux à nous, entrer dans cette gratuité du don qui va mettre en route la machine du bonheur et de la joie. La satisfaction d’avoir donné de soi-même, de son temps, de son argent, de son énergie, de son savoir … pour aider qui en a besoin, va être l’étincelle qui va allumer un grand brasier, la passion de l’autre.
Les égoïsmes nous enferment, nous renferment sur nous-mêmes, nous emprisonnent dans nos peurs. Le don gratuit nous fait toujours découvrir une dimension toujours demeurée insoupçonnée, une ouverture à un monde intérieur qui ouvre des horizons de lumière. Sans nous en apercevoir, parce que nous avons mis en route un processus de transformation de l’être, pour nous même, nous allons nous rendre compte que notre vie va changer. On va donner envie, on va attirer sans l’avoir désirer, on va avoir envie de nous rencontrer, de nous connaître, d’être notre ami. Une nouvelle dynamique se met en route, de nouveaux chemins s’ouvrent devant nous.
A moins d’être réfractaire au bonheur, à la joie parfaite, je ne vois donc aucune raison de ne pas mettre en route ce moteur de vie qui anime notre être sans que nous en ayions conscience la plupart du temps, cette nécessité de pouvoir agir sans rien attendre en retour. Cela n’est même pas une nécessité, c’est la condition même d’un épanouissement total de l’être.