J’ai mal. Oui j’ai mal à la France. En déambulant ces jours derniers dans la ville, si la météo ne m’avait pas rappelé que j’étais en pleine saison automnale, le climat de la rue aurait presque pu, lui, me laisser croire que je me trouvais dans un de ces pays en voie de développement, dans le sud lointain, que je connais bien.
J’ai rencontré, à un carrefour, un bonhomme qui cirait des chaussures. Jusqu’à présent, j’avais rencontré de cireurs de chaussures ambulants, en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie. En France, c’est bien la première fois ; mais peut-être, est-ce que je ne sors pas assez ? Mon cireur de chaussures n’était ni clandestin, ni immigré. Non, la quarantaine, un ex-petit col blanc au chômage, réduit à un petit boulot de substitution.
En fait, au long de mes pérégrinations, j’ai découvert que le p’tit boulot, celui qu’on ne voyait auparavant que dans les pays pauvres, avait fait son entrée, une entrée fracassante en France. Bien entendu, je faisais le lien avec le fait que les médias nous ressassent à profusion que le climat social régresse dangereusement dans la France de Sarko – et la crise à bon dos quand les banques engrangent à nouveau des sommes colossales.
Comme dans les républiques bananières, une infime part de la population se vautre dans l’opulence des profits inconsidérés, pendant que les français dans leur ensemble, et surtout les plus défavorisés, sont contraints à mendier, ou tout au moins à employer le fameux sytème D, pour vivre et quelquefois survivre.
La France deviendrait-elle un pays en voie de développement ? Subirait-on une telle régression économique, politique et sociale qu’il faille tirer violemment toutes les sonnettes d’alarme ?
Je relisais ces jours-ci quelques passages de la doctrine sociale de l’Église (catholique). S ’il y a un point qui me réconcilie avec mon église, c’est bien cette doctrine sociale qui laisse une large part à l’épanouissement et la construction de l’être humain par le travail. Le travail au service de l’homme, et pas l’homme au service du travail ou du profit !
Je pense qu’on en est vraiment loin, vu les derniers évènements dramatiques vécus dans des entreprises comme « France Télécom » et bien d’autres. Car il ne faut pas se leurrer. FT n’est que la partie visible de l’iceberg. Essayez d’écouter les gens autour de vous sur leur vie au boulot, sur l’ambiance, sur les rapports humains, sur les rapports hiérarchiques. Vous vous apercevrez alors que le mal est profond.
J’avais arrété de lire les documents du Vatican ces derniers mois. Mais je crois que je vais essayer de découvrir « Caritas in Veritate », cette dernière encyclique de Benoît XVI qui apparaît d’abord comme un formidable message d’espérance que le Pape veut adresser à tous les hommes de bonne volonté.
L’humanité a la mission et les moyens de maîtriser le monde dans lequel nous vivons. Non seulement elle n’est pas soumise à une fatalité, mais encore elle peut transformer ce monde en agissant sur les événements et faire progresser la justice et l’amour dans les relations humaines, y compris dans le domaine social et économique, et même dans une période de crise comme celle que nous connaissons.
Je ne veux donc pas me laisser impressionner par les gesticulations de notre bouffon de président de la république et de son incapacité à vouloir adoucir le climat social. Des solutions miracles, certes, il n’y en a sûrement pas. Mais la volonté de partage, elle, peut être mise en oeuvre dès maintenant. Il faut juste le vouloir. Quand l’histoire nous apprend que tous les clivages sociaux finissent en révolution, notre petit Sarko devrait, je crois, faire attention à sa couronne !
Sarkozy, aussi …


