Tags
Conte, Les autres, Moi, Soi
Un conte d’Ygraine
Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent.
Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux Sage pour que celui-ci l’éclaire sur le Sentier de la Vie.
Mes paroles ne te seront pas utiles répondit le vieillard. Cependant je veux bien te donner quelques indications : Sur ta route, tu trouveras 3 portes. Lis les préceptes qu’elles portent. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui.
Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le Chemin de la Vie. Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire :
Change le monde
C’était bien mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas.
Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, entreprendre à le connaître, à le modeler suivant son désir. Il y trouva plaisir et ivresse, mais pas l’apaisement du coeur. Il réussit à changer certaines choses mais beaucoup d’autres lui échappèrent ou résistèrent.
Les années passèrent…
Un jour il rencontra à nouveau le Vieux Sage qui lui demande ce qu’il a appris sur le chemin.
J’ai appris à discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend point.
Bien, dit le Vieillard : Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui t’échappe. Et il disparut.
Peu après, ayant repris sa route, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire :
Change les autres !
C’était bien mon intention pesa-t-il.
Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction, mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration. Et il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables.
Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Deuxième grand combat, plein d’aléas et d’incertitudes.
Plusieurs années passèrent avant qu’il ne recroisat le vieux Sage qui lui demanda ce qu’il avait appris en chemin.
” J’ai appris que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies ni de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que les révélateurs, ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces choses.
Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu’ils révèlent en toi, les autres te révèlent à toi même. Aussi, sois reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître souffrance ou frustration car à travers eux, la Vie t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir….
Puis le Vieillard disparut.
Ayant repris sa route le Prince arriva à nouveau devant une porte qui portait ces mots :
Change-toi toi même !
Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c’est bien ce qu’il me reste à faire, se dit-il. Et il entama son troisième combat : Cherchant à infléchir son caractère et à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts et tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à l’image qu’il se faisait et voulait donner de lui-même.
Dans cette lutte il connut quelques succès mais aussi des échecs cuisants et des résistances irréductibles…
Un jour le Sage réapparut, qui lui demanda : Qu’as-tu appris sur le chemin ?
J’ai appris que l’on peut améliorer certaines choses, mais que les plus nombreuses ne peuvent se briser.
C’est bien, dit le Sage.
Le Prince lui signifiat qu’il était las de se battre contre TOUT, contre TOUS, contre lui même, qu’il avait envie de renoncer, et de tout abandonner, de lâcher prise pour trouver le repos.
C’est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant, retourne-toi et contemple le chemin parcouru. Et il disparut.
Le Prince regarda en arrière, vit la 3ème porte, et s’aperçut qu’elle était aussi gravée sur l’arrière. Il s’approcha pour lire l’inscription :
Accepte-toi toi même
Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu’il avait franchi la porte la première fois. Quand on combat on devient aveugle, se dit-il.
Il vit aussi, gisant sur le sol épars autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui : Ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites.
Il apprit alors à les reconnaître, et à les accepter, même à les aimer. Il apprit à s’aimer lui-même sans ne plus se comparer, se juger, se blâmer.
Il rencontra alors le Vieux Sage qui lui demanda : Qu’as-tu appris sur le chemin ?
J’ai appris que détester ou refuser une partie de moi, c’est me condamner à ne jamais être en accord avec moi même. J’ai appris à m’accepter totalement, inconditionnellement.
C’est bien dit le Vieil Homme, c’est la première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la troisième porte.
A peine arrivé, le Prince aperçût au loin la face arrière de la seconde porte et y lut :
Accepte les autres
Tout autour de lui, il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées dans sa vie ; celles qu’il avait aimées comme celles qu’il avait détestées. Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait tellement fait réagir, et contre quoi il s’était tant battu.
Rencontrant de nouveau le Vieux Sage, celui-ci lui demanda : “Qu’as-tu appris sur le chemin ?”
J’ai appris qu’en étant en accord avec moi-même, je n’avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d’eux.
J’ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement dans leurs différences.
Voilà qui est parfait répondit le vieillard. C’est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte.
Arrivé de l’autre côté le Prince aperçut la face arrière de la première porte, et y lut :
Accepte le monde
Curieux …, je n’ai pas vu cette inscription la première fois, se dit-il.
Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il avait tant cherché conquérir, à transformer, à changer.
Il fut frappé par son éclat et sa beauté, la perfection de toute chose. Etait-ce le monde qui avait changé ou son regard ?
Il croisa de nouveau le Vieux Sage qui lui demanda : “Qu’as-tu appris sur le chemin ?”
J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon narcissisme, et que mon narcicisme ne voit pas. Ma psyché se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n’est ni triste ni gai. Il est, il existe, c’est tout !
Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement.
Troisième grande Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà désormais en accord avec toi-même, avec les autres, et avec le Monde.
Un profond sentiment de paix, de sécurité et de plénitude envahit le Prince. Le Silence l’envahit…
Tu es prêt, maintenant à franchir le dernier Seuil, dit le Grand Vieillard, celui du passage du silence de la plénitude à la Plénitude du Silence…
Et l’ancêtre disparut…













