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« Tout a commencé sur cette terre, Tout peut continuer sur cette terre et réussir ! » : cette phrase de Gérard Israël en parlant des relations entre Juifs et chrétiens, a été une des conclusions de ce colloque très intense organisé par le CRIF ces 16 et 17 mars dernier à Jérusalem et Tibériade. Cette rencontre entre juifs et chrétiens, Français et Israéliens, ayant pour but de présenter les acquis du dialogue en France et encourager ce même mouvement en Israël, a été un temps fort de dialogue et de rencontres très enrichissant et sans doute une prise de conscience nouvelle de la richesse des relations judéo-chrétiennes de ce début du 21ème siècle. 
Au-delà des interventions formelles des orateurs, ce sont de véritables liens d’amitiés qui se sont tissés durant ce colloque entre les participants beaucoup plus nombreux que ne l’espéraient les organisateurs. Au total, quelques deux cents personnes ont participé à cette rencontre.

“Depuis la déclaration Nostra Aetate de Vatican II, beaucoup de choses ont changé du côté de l’Eglise catholique : un changement de regard et un dialogue a été amorcé. Jean Paul II a donné une nouvelle impulsion avec sa déclaration de repentance en Mars 2000 et son voyage en Israël. Benoît XVI invite les catholiques à aller plus loin encore en vivant la réconciliation avec le peuple Juif » a d’abord constaté Gérard Israël, actuel président de la commission des relations judéo-chrétiennes du CRIF. Et de s’interroger aussitôt sur la possibilité de cette réconciliation. « Comment après deux mille ans d’histoire, ramener nos relations au niveau zéro à celles d’une réconciliation tout en restant nous-mêmes ? Est-ce humainement jouable et théologiquement supportable ? » En tous cas « cette réfléxion doit se faire ici (en Israël) car c’est de là que tout est parti. » 
De nombreux intervenants ont participé à ces deux journées de réflexions. Gérard Prasquier, président du CRIF a ouvert chaleureusement ce colloque après avoir remercié les personnalités présentes. Puis Mgr Marcuzzo, délégué par le patriarche latin de Jérusalem, rappela que, par essence, l’Eglise est une réalité qui se veut en dialogue. De par son histoire, les chrétiens sont invités à l’intérieur même de l’Eglise à entrer en dialogue avec le Juif : « Ou bien nous dialoguons ou bien nous disparaissons » soulignant que le dialogue se fait par la vie, par les valeurs et par la réflexion théologique.

Les interventions de ce colloque furent très diverses dans leur style et leur approche. Depuis des témoignages sur le vécu quotidien en Israël, en passant par des lectures talmudiques, des réflexions théologiques et spirituelles, des mises en perspective historique ou encore des exposés sur la situation des chrétiens en Israël. Parmi les intervenants venus de France notons, entre autres, le professeur Armand Abécassis, le rabbin Rivon Krygier, l’historienne Mireille Hadas-Lebel, la présidente de l’Amitié judéo-chrétienne la pasteur Florence Taubmann, le père Jean Dujardin ou encore le père Patrick Desbois.

Parmi les intervenants d’Israël signalons le rabbin Daniel Epstein, le père Pierbattista Pizzaballa, Custode de Terre Sainte, le père Michel Remaud, le père Emile Shoufani ou encore le frère Louis-Marie d’Abu Gosh.

L’un des témoignages les plus émouvants de ce colloque fut celui de Souad Hadad, arabe chrétienne de Haïfa, qui a accompagné le Père Shoufani à Auschwitz. Née d’un père palestinien et d’une mère libanaise cette femme à la voix douce déclare : “Les pères du désert nous disent que l’enfer c’est lorsque l’on est dos à dos, liés, sans pouvoir voir le visage de l’autre. A Auschwitz j’ai vu les chaînes qu’il me fallait briser pour regarder le visage de l’autre.” Elle expliqua qu’elle continue le chemin commencé avec les personnes qui ont voyagé avec elle. “On peut lire l’Evangile ensemble ou encore la littérature Hassidique. Lire l’Evangile avec un Juif, c’est réapprendre l’Evangile”. Puis d’ajouter : “Depuis le voyage à Auschwitz, nous avons déjà vécu deux guerres : nous avons vécus ces ténèbres de la guerre en communion totale. Notre conviction : la transformation du cœur est la seule solution pour la vie sur cette terre.”

Le Père Shoufani, quant à lui, a déclaré avec force : “La réalité juive est une réalité sans laquelle, je ne peux pas vivre “… “Il faut passer par « un lavage de cerveau » enlever tous les préjugés que nous avons dans nos têtes pour pouvoir avancer dans la réconciliation, alors une nouveauté peut advenir.”

Le père Patrick Desbois parlant du dialogue judéo-chrétien aujourd’hui a insisté : “Le dialogue a commencé et tient bon car dans chaque génération, il s’est trouvé des hommes et des femmes des deux côtés qui ont sacrifié quelque chose de leur vie ordinaire pour que ce dialogue tienne bon. On ne peut faire l’économie de cela : la vocation personnelle du chrétien est marquée par une part de sacrifice. Ceux qui ont portés et portent ce dialogue n’ont pu le faire sans en payer le prix. L’antisémitisme est un péché contre Dieu. Depuis 2000 ans, l’histoire est profondément marquée par ce péché, et le péché ne meurt jamais ! C’est pour cela que ceux qui se consacrent à ce dialogue ne peuvent le faire sans sacrifice et sans la grâce. Demain, ce ne seront pas les mêmes piliers, mais priez pour que ces « têtes de pont » tiennent bon et soient prêts à sacrifier quelque chose de leur réputation.”

A Jérusalem et à Tibériade, on a pu constater que non seulement le dialogue judéo-chrétien n’est pas en déclin mais qu’il est au contraire en plein essor. Dialogue vrai et franc où l’amitié entre juifs et chrétiens se tissent profondément. Pari tenu pour le CRIF qui a organisé ce colloque.

(Source : Un écho d’Israël)