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Elle est musulmane, il est juif. Elle est soprano, il est pianiste. Et pour leur premier concert ensemble, ils étaient réunis le 25 juillet sur la scène de l’université chrétienne des Mormons à Jérusalem construite sur les pentes du Mont Scopus, qui offre un panorama surplombant la cité antique et la ville moderne de Jérusalem. Cette vue exceptionnelle sert de décor aux artistes qui se produisent sur la scène de l’auditorium longée d’une immense façade vitrée. Ainsi, alors que les premières notes emplissaient l’auditorium, les spectateurs pouvaient aussi admirer le soleil couchant sur la ville.

Enas Massalha, première soprano arabe israélienne et musulmane, a étudié aux conservatoires d’Afula et Jérusalem. Dan Deutsch, israélien et juif, a mené son cursus musical dans les conservatoires de musique de Givataïm et de Tel Aviv. Aujourd’hui, l’un et l’autre, amorcent leur trentaine, vivent à Berlin et sont invités à se produire en Europe et aux Etats-Unis. Avec des mélodies en français, en allemand, en italien, en anglais mais aussi en hébreu et en arabe sur des airs de Villa-Lobos à Gershwin en passant par Delibes, Dvorak et Verdi, Lavry et Arriaga, avec Chopin pour des intermèdes solistes de piano, les deux artistes ont régalé l’auditoire, mixte lui aussi.

Les proches des deux artistes étaient dans la salle. Wejdan Massalha, la mère de la soprano, conseillère pédagogique au ministère de l’Education, est fière de sa fille, première cantatrice israélienne arabe depuis la création de l’Etat. «L’opéra ne fait pas partie de la culture arabe traditionnelle mais c’est une question d’habitude. On a découvert cette musique grâce à Enas et maintenant on l’apprécie beaucoup».

Enas Massalha a grandi à Duburya un village prés de Nazareth. Comme ses deux frères, elle a fréquenté l’école de musique locale depuis son plus jeune âge. A l’adolescence, ses professeurs décelant le potentiel vocal de la jeune fille, l’ont incité à poursuivre dans cette voie.

Dimanche, à la fin du concert, une dame de quelques dizaines de printemps, s’appuyant sur une canne, attend Enas à la sortie. «Vous avez été merveilleuse. Et, il semble que vous êtes née pour être sur scène», dit-elle en hébreu. Chanteuse talentueuse, Enas a aussi un tempérament d’actrice révélé durant cette soirée. La jeune femme, les épaules couvertes d’un châle de dentelle noire, a entamé par des airs calmes, sobres, intimes pour s’achever sur des airs gais où la jeune femme pétillante, aux yeux noirs et cheveux d’ébène sur sa peau blanche comme neige, a charmé le public. «La musique classique n’est pas synonyme d’ennui», confie Enas après le spectacle avec un large sourire. Son interprétation «Des filles de Cadiz» de Delibes ou de Musetta dans la Bohème de Puccini était un pur délice.

Ce concert était le premier volet de la semaine. Mardi 27 juillet, les deux artistes ont donné un concert à Beit Ha-Gefen, le centre culturel judéo-arabe de Haïfa, ville israélienne mixte. Et le jeudi 29 juillet, Enas Massalha revient à Jérusalem pour un autre concert exceptionnel à l’occasion de la réouverture du musée d’Israël. Elle sera accompagnée par deux autres artistes juif israéliens la flûtiste Idit Shemer et le guitariste Roi Hen.

Enas a choisi de chanter dans la galerie consacrée à la Terre sainte de la nouvelle aile archéologique. Un choix symbolique bien sûr. La jeune femme, qui de par ses origines, sa citoyenneté et son métier vit à la croisée de plusieurs cultures, souligne que dans cette pièce ont été reconstitués «une église, une synagogue et une mosaïque de mihrab (lieu face à la Mecque où se tient et prie le sheikh) comme si il avait été imposé aux vestiges exposés de rester ensemble, de cohabiter dans le même espace, de vivre dans la compréhension et l’acceptation de cette réalité. »

Enas chantera des chansons et des prières empruntées aux répertoires des trois religions monothéistes.

Un programme à ne pas râter !

Article de Judith Meyer