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Ça ira mieux !
31 Dimanche oct 2010
Posted in Bande-à-Part
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31 Dimanche oct 2010
Posted in De l'art en barre
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31 Dimanche oct 2010
Posted in Et moi, et moi, et moi ...
1 – Rien qu’aujourd’hui,
J’essaierai de vivre
Exclusivement la journée
sans tenter de résoudre
Le problème de toute ma vie.
2 – Rien qu’aujourd’hui,
Je porterai mon plus grand soin
À mon apparence courtoise
Et à mes manières:
Je ne critiquerai personne
Et ne prétendrai redresser ou discipliner
Personne si ce n’est moi-même.
3 – Rien qu’aujourd’hui,
Je serai heureux
Dans la certitude d’avoir été créé
Pour le bonheur,
Non seulement dans l’autre monde,
Mais également dans celui-ci.
4 – Rien qu’aujourd’hui,
Je m’adapterai aux circonstances
Sans prétendre que celles-ci
Se plient à mes désirs.
5 – Rien qu’aujourd’hui,
Je consacrerai dix minutes
À la bonne lecture
En me souvenant que,
Comme la nourriture est nécessaire
À la vie du corps,
La bonne lecture est nécessaire
À la vie de l’âme.
6 – Rien qu’aujourd’hui,
Je ferai une bonne action
Et n’en parlerai à personne.
7 – Rien qu’aujourd’hui,
Je ferai au moins une chose
Que je n’ai pas envie de faire,
Et si j’étais offensé,
J’essaierai que personne ne le sache.
8 – Rien qu’aujourd’hui,
J’établirai un programme
Détaillé de ma journée.
Je ne m’en acquitterai peut-être pas
Mais je le rédigerai.
Et me garderai de deux calamités :
La hâte et l’indécision.
9 – Rien qu’aujourd’hui,
Je croirai fermement
- même si les circonstances prouvent le contraire -
Que la Providence de Dieu
S’occupe de moi comme si rien d’autre
N’existait au monde.
10 – Rien qu’aujourd’hui,
Je ne craindrai pas
Et tout spécialement,
Je n’aurai pas peur
D’apprécier ce qui est beau
Et de croire en la bonté.
Je suis en mesure de faire le bien pendant douze heures,
Ce qui ne saurait pas me décourager,
Comme si je pensais que je devais le faire toute ma vie durant.
Jean XXIII
30 Samedi oct 2010
Posted in De l'art en barre
Mélange d’humilité et de confiance en soit, Ebale Zam le camerounais (Cf. article précédent) de 41 ans est désormais l’un des chorégraphes les plus en vue de la danse contemporaine belge. Même si rejeté par son pays de part son homosexualité assumée, Zam n’arrête pas d’étonner grâce à son talent aveuglant que l’expérience a affiné au fil du temps. Aujourd’hui, il parcourt les grandes scènes internationales et fait la fierté officielle du royaume belge.
L’Amitié est le quatorzième spectacle d’Ebale Zam. «Il retrace l’histoire d’une relation ambiguë entre deux hommes». A la limite du choquant, sous fond de gymnastique dansante et de gestuelles d’une qualité rare ; Ce nouveau spectacle est un amas de scènes aux interprétations diverses et sous d’autres cieux provocantes. “j’ai toujours aimé la provocation depuis le Cameroun. Ceci m’a parfois attiré des attaques” me confiait l’artiste. “c’est un moyen pour moi de passer des messages et de pousser les gens à se poser des questions”
Comme une légende, à l’âge de 5ans, Zam est poussé au milieu d’un cercle de femmes lors d’une cérémonie bulu-fan (ethnie proche des pygmés) par sa grand-mère alors prêtresse et détentrice des répertoires cultes de danse. Le jeune homme éblouit la foule et ne s’arrêtera jamais de danser. “Ma grand-mère m’a passé le flambeau”.
L’artiste est complet. Danseur, chorégraphe, Zam passe par le mannequinat et le chant, puisqu’il est détecté par Nkembe Pessok (promoteur des rumta) qui lui délivre une formation vocale de 3 années. “je n’oublierai jamais les moments passés avec lui, c’était des heures et des heures de boulot”
A 23 ans, Zam fait la rencontre d’un homme qui lui ouvre les portes du bouddhisme. “Ceci m’a permis d’assumer complètement mon homosexualité car on y apprend que c’est ce que l’on fait qui importe et non ce que l’on est.” Par la suite, Zam lance sa troupe “Nyanga Zam” et quitte le Cameroun devenu trop dangereux pour lui car la loi réprime l’homosexualité par 5 ans de prisons. “Socialement, j’avais du mal à vivre dans un pays ou j’étais à jamais condamné. Et je n’avais aucune envie de me cacher.” Zam subit même deux tentatives de violes.
Il remporte l’Epi d’or de la danse contemporaine au festival national des arts et de la culture de Yaoundé, puis le prix de l’association française d’action artistique à paris. Finalement il s’installe définitivement en Belgique dans la chaude rue du cimetière d’Ixelles.
Depuis lors, Zam enchaîne spectacles après spectacles et conquis les scènes Européennes. L’élite belge et la noblesse à ses pieds, il côtoie désormais les grands. Eballe Zam a été invité à la fête organisée pour les quinze ans de règne du roi Albert II au palais royal de Bruxelles le 30 Août. Ensuite, il prendra la direction du Burkina Faso, dans le cadre d’un partenariat Nord-Sud pour se charger de l’enseignement de la danse et la formation des jeunes talents.
Loin d’avoir terminé son ascension, ses combats et sa détermination feront sûrement encore parler de lui et comme il le dit,”comme certains sont condamnés à mort, moi je suis condamné à réussir.”
30 Samedi oct 2010
Posted in Cultiver son jardin
Sensation ! Le danseur et chorégraphe camerounais Ebale Zam danse nu …
…. Et ça n’est pas vraiment du goût de ses compatriotes, d’après les quelques commentaires laissés à la suite de l’article paru dans Brukmer.
C’est quand même trop drôle ! Il y a à peine 200 ans, l’Europe n’avait pas encore massivement rencontré l’Afrique, et les africains vivaient nus ! Et nos africains d’aujourd’hui sont mal à l’aise avec la nudité. Faut croire que l’Europe a fait beaucoup de mal à l’Afrique !
(Article paru le 13 février 2009)
C’est une salle du centre bruxellois qui tous les soirs, une semaine durant, s’est vue accueillir l’artiste danseur chorégraphe camerounais Zam Ebale qui présentait son nouveau spectacle «jardin secret». Une heure de danse afro contemporaine devant 200 sièges dont pas le moindre vide.
Zam ne fait pas dans la dentelle, puisqu’il se fait accompagner par Nicoletta Branchini ; danseuse italienne, pur produit de l’une des plus grandes écoles européennes de danse.
“Jardin secret” est une histoire d’amour entre un homme et sa femme. Amour profond, si profond et fort que l’homme veut se substituer à sa femme, se fond en elle, confond son identité et fini par dévoiler la femme qui se trouve en lui.
“Aujourd’hui, les hommes sont un peu plus libérés” nous explique l’artiste “ils osent montrer leur féminité. Ils prennent soin d’eux, s’habillent avec des couleurs plus tendres, ils sont doux et découvrent en eux des qualités de femmes. L’ère de l’homme brut et carré est révolue ; la femme est devenue une source d’inspiration”.
Sous fond de silence assourdissant alterné de sons musicaux rythmés par des jeux d’éclairage, les deux artistes sortent le meilleur d’eux même pour narrer l’amour à leur public qui ; sauf pour grands habitués doit se creuser et chercher entre toute cette gestuelle et expression scénique à décrypter les messages. Du grand art…
Puis vint le moment fatidique
Trois quarts d’heures plus tard, beaucoup de sueur coulée et pas le moindre signe de fatigue, le duo disparaissait de la scène. Trente secondes après, Zam était de retour dans le coin droit de la salle, le corps entièrement nu, mais subtilement caché par le jeu d’éclairage. S’en suit alors une foule de gestuelle en face d’un miroir virtuel : étonnement, gestes coquins, application du rouge à lèvre…
“C’est le clou du spectacle, le miroir c’est l’espace intime de la femme, j’y vais, pour découvrir ma femme, mon image devient celle de ma femme et arrive donc le trouble d’identité et je découvre que j’ai une part féminine en moi.”
Plus loin, se trouve une sorte d’escalier à trois marches. L’artiste s’installe dessus et donne son profil au public qui retient son souffle. Danse et enchainements spectaculaires à la limite de la provocation, et parties génitales toujours dans la pénombre.
Zam se lâche ensuite, met des talons, danse, danse encore, puis, se lève face au public. Fini la subtilité et la cachoterie. Zam nous dévoile tout et montre tout ! Comme habillé, le camerounais continue sa danse et se présente sous tous les plans. Le membre avant dandinant au rythme inverse de ses pas suscite rire chez les uns, mais aussi choc et aberration chez d’autres.
“En tant qu’acteur, danseur, pour moi c’est une performance artistique”.
Zam de retour sur l’escalier amovible, assis dos au public et jambes écartées, voit Nicoletta refaire son apparition en rampant, avançant vers lui, le regard fixe, nez à sexe.
“Nous sommes très professionnels et quand on travail, on ne pense qu’au travail. Pendant deux mois nous avons répété ensemble sans problème, d’ailleurs elle en rigolait”.
La scène se poursuivra jusqu’à ce que la danseuse sorte une robe et habille Zam qui finira le spectacle en demoiselle aux talons. “Non” dit-il à la question de savoir s’il a pensé au public en dansant nu.
“Quand je crée, je ne pense pas au public, je pense à ce que je veux transmettre. Il y a encore des peuples en Afrique qui vivent nus, mais tout dépend de l’intention de la nudité. Mon intention n’est pas d’allumer les gens, mais de montrer la pureté de la nudité et mettre mon corps au service de l’art… mon corps est souvent très apprécié par les gens et me dépasse à porter, donc je veux le partager”.
Le spectacle se terminera sous les ovations à répétition d’un public à 99% européen.
“Même si j’avais un public africain, j’aurai aussi oser le faire car j’ai une mission et je suis dans un pays où il n’y a pas de censure. Le Cameroun bloque la création par la censure, or la nudité n’est pas forcément un tabou en Afrique. Beaucoup de cérémonies et de rituels se font nus.”
Zam nous explique que son but est quelque part de “montrer ce que les gens cachent” car selon lui, tout le monde s’est déjà retrouvé nu devant un miroir.
“Quand je me découvre ainsi, je suis très fragile et vulnérable et c’est cette fragilité que je présente aux gens. Je me libère et ceci grâce surtout au fait que j’ai revu ma mère en décembre au canada, ça c’est bien passé, elle m’a compris, m’accepte comme je suis et aujourd’hui je suis libre dans tout ce que je fais”
Aucune crainte avant le spectacle ?
“À la dernière minute j’ai voulu supprimer cette scène, mais mon entourage technique et ma danseuse m’ont encouragé.” “je ne pense pas à l’effet que j’ai pu faire aux homosexuels ou aux hétéros, car ce n’est pas le but. Je ne venais pas faire du porno.”
Après petit pays, Ebale Zam devient le deuxième camerounais à bousculer la limite de la “norme” éthique. Considéré aujourd’hui comme danseur chorégraphe belge, Zam à été vomi il y a dix ans par son Cameroun natal. “j’ai dansé nu pour la première fois et certainement pas la dernière”
Le primitif le jugera possédé par le démon ou par Dieu en fonction de ses conflits intérieurs.
30 Samedi oct 2010
Posted in Bande-à-Part
La mère du fiancé portait un ensemble en soie de couleur pêche, ainsi qu’une expression révélant un mélange de bonheur, d’appréhension et d’effarement. La mère de l’autre fiancé portant une robe d’un bleu de paon, et une expression du même genre, qui combinait les opinions “je n’arrive pas à croire que c’est en train de m’arriver” avec “quelle journée magnifique, quelle adorable chapelle, comme tous ces gens sont bien habillés, on dirait un vrai mariage”.
Le père de l’un des fiancés avait besoin de rester dehors à fumer intensivement. Le père de l’autre fiancé était décédé. Mais aussi des nièces en abondance, un bouquet d’adorables petites filles maigrichonnes, habillées en rose vif et gloussant d’excitation.
Pourtant, je n’avais pas beaucoup de temps pour observer les membres de la famille, étant de ceux qui devaient tenir la huppah à ce mariage chrétien, et notre prestation était très précisément chorégraphiée.
La huppah, dans la tradition juive, est un baldaquin, souvent réalisé à partir d’un châle de prière, dont les coins sont maintenus en hauteur par des perches soutenues par les quatre membres les plus proches du couple qui se marie. Mais ces fiancés, Randy et Michael, sont catholiques… super-catholiques, en fait. Michael a été séminariste, se préparant à devenir prêtre pour les Jésuites, et Randy a été moine bénédictin, profondément ancré dans la prière, la contemplation et le service.
Alors, pourquoi, comme mon très Brooklynien de père me la demandé clairement, ont-ils voulu une huppah ? Le fait est que, quand vous mettez “catholique” et “mariage gay” ensemble, la conclusion inévitable c’est qu’on va assister à une débauche de rituels.
Et c’est bien sûr ce qui s’est passé. Nous avons commencé par former un cercle de 100 personnes, se tenant par la main, bénissant et remerciant la terre, le ciel et les quatre points cardinaux. Nous sommes alors passés à une sorte de danse chrétienne célébrant le pain rompu et le fait de se nourrir l’un l’autre. Et pendant que le reste de l’assemblée entrait dans la chapelle, portant des gerbes d’iris noués de rubans mauves et oranges, les trois Juifs et moi nous débattions dehors pour monter la huppah.
Lors d’un mariage juif classique, notre tâche aurait été simple : garder la huppah bien tendue, sans qu’elle s’affaisse sur la tête des fiancés, et ne pas éternuer pendant la cérémonie. Mais cette huppah-ci n’était pas une huppah ordinaire. D’abord, il s’agissait d’un patchwork, créé par les amis et les parents des fiancés, avec des carrés où l’on pouvait lire par exemple “Two Boys Dancing” ou encore “I can’t even know how to think straight.” Mais la huppah était destinée dans la cérémonie à devenir une sorte de blason, que nous devions transporter plié vers l’autel, où nous allions la dérouler pour qu’elle serve de décoration tombante. Plus tard, elle deviendrait une nappe d’autel, un ambon pour la Bible et finalement une robe.
Michael, un acteur et un metteur en scène consommé, a toute une vie d’amour avec le spectacle. Je l’ai rencontré il y a six ans, quand nous jouions ensemble dans une pièce pour enfants, et j’en suis vite venue à apprécier son esprit et sa finesse. Mais il était réservé sur sa vie privée, et donc nous n’avons pas eu les conversations habituelles sur les “ex” et sur les “actuels”.
Quant il a rencontré Randy, qui irradie d’une sorte de sincérité que je n’avais vu jusqu’ici que chez des Témoins de Jéhovah, quelque chose s’est délié chez Michael, et ici, à ce mariage, c’était visible pour tout le monde.
Ainsi, quand la partie “communion” devait commencer, le prêtre en Michael a repris le dessus : il a saisi le plateau rempli de pain et l’a tenu bien haut. “Du pain ! De quoi est-il fait, pensez-vous ?”
On a entendu des réponses ici ou là: “La Terre”, “Les semences”.
“Nos corps !”, s’est écrié Michael.
Et c’est là que j’ai réalisé pourquoi les religieux peuvent être si sexy. Ce n’est pas seulement qu’ils vivent dans le refoulement des sentiments. C’est aussi ce sens du miracle à l’intérieur du corps, de la place du corps à l’intérieur du miracle. Et voyant Randy regarder Michael avec sur le visage la même idée que moi, j’ai rougi.
“Michael et Randy ne veulent pas que vous soyez juste des témoins de cette cérémonie”, explique le célébrant, une toute petite lesbienne avec des cheveux en épis pointés de blanc. “Ils veulent que vous la concélébriez avec eux, et ils promettent, nous promettons, que si vous ouvrez vos cœurs entièrement à ce que vous allez vivre, vous en repartirez transformés. Le voulez-vous ?”
Clameur de “Oui !” dans l’assemblée.
Comme toutes les filles, j’adore les transformations, et j’ai donc soutenu en l’air mon coin de la huppah pendant la première heure de la cérémonie. On a allumé une bougie d’unité, on a chanté des hymnes, et un moine avec une belle voix de baryton a interprété de la musique religieuse accompagné de sa guitare. Tout – la musique, la décoration, les vêtements des fiancés (pantalons noirs, chemises imprimées du motif d’une fleur sacrée hawaïenne) – avait été choisi avec un goût exquis.
J’ai été arrachée à ma rêverie quand la huppah a changé de rôle pour devenir la nappe d’autel avant la communion.
Je n’ai jamais été communier, par respect et aussi avec cette vague peur que, en tant que Juive, je serais certainement frappée par la foudre si je le faisais. Mais le célébrant, Michael et Randy ont bien expliqué que ce geste de communion était proposé à chacun, que l’on pouvait y mettre le sens que l’on voulait, et qu’après tout le pain était challah (kasher). Et donc je me suis mise dans la file, j’ai trempé le pain dans le cidre, et j’ai reçu généreusement du célébrant une bonne dose de “bénédiction garantie sans Jésus”.
Le contraste entre cette cérémonie et ma sortie de la nuit précédente ne pouvait pas être plus profond. J’étais allée voir un documentaire de 1972, “Winter Soldier”, qui présente des soldats récemment revenus du Vietnam et qui témoignent des atrocités qu’ils ont vues ou auxquelles ils ont participé. L’un après l’autre, ces jeunes garçons au visage d’ange, cigarette malmenée entre leurs doigts, se penchent vers le micro pour décrire des souvenirs de prisonniers liés et poussés hors d’un hélicoptère en vol, d’enfants de trois enfants lapidés avec des boîtes de conserve des rations alimentaires, de villages entiers brûlés par jeu. Leurs yeux étaient secs pendant qu’ils parlaient, leurs voix fermes. Ils avaient été bien entraînés à supprimer tout signe d’émotion, aussi horrible que soient leurs souvenirs. Je pense que beaucoup d’entre eux étaient en fait en état de choc.
Quand on leur demande pourquoi ils ont participé à de telles atrocités ou pourquoi ils se sont contentés de rester là sans bouger à regarder d’autres les commettre, l’un a répondu : “On n’est pas d’abord comme ça. On veut d’abord pleurer quand un ami se fait tuer.” Mais on ne peut pas, dit-il, parce qu’alors on donne l’impression d’être faible.
“C’est le fait d’être un vrai homme”, dit un autre. “Plus tu as de morts à ton palmarès, plus tu es un homme.”
Mais dans cette chapelle, j’avais décidément devant moi une toute autre version de la masculinité et des émotions masculines. Les yeux de Randy et de Michael étaient tout mouillés quand ils se sont tournés l’un vers l’autre pour réciter leurs vœux de mariage. Je me tenais derrière eux, ressentant très fort cette belle énergie masculine qui rayonnait entre eux.
Ils promirent de se chérir, de lutter côte à côte pour la justice, et de dédier leur mariage à protéger la terre. Et puis, tout à coup, Michael a regardé Randy et lui a dit : “Randy, je pourrais mourir pour toi.”
J’ai essayé d’écarter quelques larmes noires de mascara. Le mariage implique toujours une sorte de mort à soi-même, comme je l’ai appris hélas à la dure. C’est tout ou rien. Pas moyen de ne pas être totalement présent à son mariage, ou alors il va s’écrouler quand l’hiver sera venu. Et il vient toujours. Quand j’étais mariée, il y a de ça des années, je n’étais pas vraiment prête. Ou en tous cas pas aussi prête que ces deux-là ne le semblaient.
“Michael, je pourrais mourir pour toi.”, ajoute Randy. On échange les anneaux, et puis ils se tournent pour regarder leurs amis et leurs familles, un océan de visages de gens qui les aiment. Pas un œil sec dans la boutique. C’est alors que nous les avons enrobés dans la huppah, comme deux grands nounours enrobés de tous nos vœux de bonheur. Ce serait tellement bon de pouvoir les protéger de cette manière, de les protéger de la haine et de la peur de ceux qui pourraient trouver leur union répugnante, mais nous savons que ce n’est pas possible. En se liant l’un à l’autre solidement et visiblement, ils deviennent une cible deux fois plus grande, mais aussi une force plus grande.
L’histoire de mon propre mariage a commencé sur une note moins sublime. En tant que jeune fille, j’ai joué les dames d’honneur pour une amie. Ma robe était en taffetas rose, avec des manches bouffantes, une ceinture étroite et un large jupon. On aurait dit Glinda, la Gentille Sorcière [ndt : dans le Magicien d’Oz], la seule chose qui manquait étant la baguette magique. Le jour avant la cérémonie, j’étais arrivée à perdre la robe quelque part, et j’ai été punie par le fait de devoir porter la robe prévue pour la première dame d’honneur (une version lavande préparée pour la tante de la mariée). La robe était trop petite de plusieurs tailles, et j’ai dû endurer tout le mariage et la réception sans prendre une seule vraie respiration et sans m’asseoir.
Peut-être que c’est cette expérience… peut-être que c’est ma version personnelle du féminisme, qui fait que je déteste les formes traditionnelles du mariage. Et en particulier, je déteste toujours quand un célébrant ou un rabbin se tourne vers l’assemblée pour dire le traditionnel “et maintenant, je vous présente Monsieur et Madame Machin”. Juste à ce moment-là, j’ai l’impression qu’on a tout simplement arraché à la femme son identité.
Quand ce fut mon tour d’être une mariée – pieds nus, dans une robe jaune, pas de traîne, pas de voile – j’étais tellement revenues des traditions que nous n’avions même pas de rabbin, juste nos amis et nos familles, avec la poésie, la musique et leurs bénédictions. Nous avions la jeunesse, et l’optimisme, et la passion, et un amour fou l’un pour l’autre.
À l’époque, ça m’avait semblé suffisant. Mais le mariage est malin : tu avances, séduite par un idéalisme tout sucré et tu peux te retrouver un matin face au pire monstre dans le miroir. Un bon mariage pourrait être comme la prise de terre qui contrôle tout le chaos explosant de deux personnes se donnant totalement l’un à l’autre. Une communauté d’intimité et d’honnêteté est essentielle. Et l’humilité de demander de l’aide à Dieu ou à l’Esprit ou ce que vous voulez. Quand je me suis mariée, je ne savais même pas qu’il était possible de faire tout ça.
Je n’avais jamais entendu Dieu être appelé si ouvertement, sans aucune honte, avec un tel bonheur extatique et aussi souvent que durant le mariage de Michael et de Randy. Et les murs de cette petite chapelle étaient toujours debout à la fin de la cérémonie, et la foudre n’est tombée sur personne, et finalement tout à coup, c’était la fin, et les mères des jeunes mariés n’avaient plus cet air effaré ou anxieux, juste le bonheur et les larmes. Et les nièces et les neveux qui étaient restés assis avec patience tiraient sur les bras de Randy et de Michael pour être soulevés et lancés en l’air quand la musique a commencé.
Ensemble, ils ont tous marché vers l’extérieur et la pleine lumière. Mais aussi vers les filets de poulet en sauce d’abricot : que ce soit les gay Catholiques, les Juifs en titre et hétéro, les familles du Midwest qui ont parcouru une grande distance (et de plus d’une manière), sans parler de toute la collection de païens, d’anciens prêtres, de Bouddhistes, d’acteurs et de chanteurs, tous ceux qui d’une manière ou d’une autre ont absorbé cette cérémonie.
Ce n’est pas un mariage légalement reconnu. Et j’en suis même venue à penser que la Loi a raison de craindre les mariages homosexuels. Il y une telle puissance dans ce pur amour, une telle bravoure, qu’il pourrait en faire tomber les murs de Jéricho.
Alison Luterman, qui vit à Oakland, en Californie, est l’auteure de “The Largest Possible Life” (Cleveland State University).
(Published: July 16, 2006 in NYTimes.com)