
Sur tes murailles Jérusalem, j’ai posté des veilleurs ;
ni le jour, ni la nuit, jamais ils ne se tairont ! (Is 52)

Jésus parlait à ses disciples de sa venue :
«Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment.
Il en est comme d’un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller.
Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin.
Il peut arriver à l’improviste et vous trouver endormis.
Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez !» (Mc 13, 33-37)

Dieu est pour moi «comme un homme parti en voyage » ; après s’être révélé à moi de façon bouleversante en ayant suscité une vocation privilégiée, il m’a caché son visage en me laissant dans la nuit, dans le désert. La mémoire qui me permettait de retenir les moments forts, les paroles décisives qui m’avaient été adressées s’est estompée. L’expérience certainement la plus continue que je fais est celle de l’absence de Dieu.
Cette absence a d’abord suscité la révolte, le désarroi : Reviens Seigneur, pour l’amour de tes serviteurs (Is 63, 15).
Mais je redécouvre peu à peu que l’absence est une grâce : Elle renouvelle en moi le foi, la confiance, la fidélité, l’espérance. Elle suscite une dynamique qui nous met en route vers la rencontre : L’absence, le manque, le vide nous met au cœur une soif, un désir insatiable.
Ce désir est la confirmation qu’une rencontre nous a déjà marqués ; il nous a fait ressentir combien nous sommes de Dieu. Le Seigneur nous a saisi un jour dans notre faiblesse, dans notre péché et il a suscité en nous un appel définitif. Nous ne pouvons plus remettre en cause cet élan dont la marque nous colle à la peau. C’est pourquoi nous veillons dans l’attente de l’aurore, nous ne cédons pas à cet endormissement qui nous guette, à cette indifférence, à cette lassitude spirituelle qui envahit notre monde.
L’épreuve de l’absence purifie notre foi et fait de nous des hommes vigilants, clairvoyants. Comme la vigie sur le bateau dans la nuit, notre cœur deviens plus attentif à l’essentiel, aux signes du Royaume, aux lumières qui transparaissent au loin.
Père Patrice Vivarès

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