LES PEUPLES DE L’OMO
Aux confins de l’Ethiopie, à trois jours de piste d’Addis-Abeba, à plus de mille kilomètres de Khartoum et à des siècles de la modernité, Hans Silvester a photographié pendant six ans des tribus où hommes, femmes, enfants, vieillards, sont des génies de l’art contemporain. Leur corps est leur toile et leurs doigts des pinceaux. Voyage chez les peuples de l’ Omo.
Stupéfiant !
Au sud-ouest de l’Éthiopie, la vallée de l’Omo abrite des pasteurs semi-nomades qui ont trouvé dans cette région difficile d’accès un refuge où perpétuer leurs rites et leurs croyances. Si ces ethnies ont résisté jusqu’à présent aux tentatives d’islamisation ou de christianisation par les missionnaires évangéliques, leur culture est cependant menacée à court terme.
Batailles, retours de chasse, jeux d’enfants, parades, toutes ces scènes du quotidien sont autant d’instants qui saisissent les hommes dans leurs nombreux rituels. Les lèvres étirées par des grands plateaux d’argile, les lobes allongés, les corps peints, marqués, scarifiés, sont l’expression d’une société traditionnelle et vulnérable qui côtoie aussi la violence des armes.
C’est pour en témoigner que Hans Silvester a effectué, au cours de ces dernières années, plusieurs séjours dans les différentes tribus qui coexistent plus ou moins pacifiquement, et particulièrement chez les Surma et les Mursi qui perpétuent une pratique d’ornementation du corps d’une conception et d’une créativité toutes particulières. Il est de tradition en Afrique de marquer le corps, par des perforations, des scarifications, pour le différencier du reste de la création. En y inscrivant les marques codifiées de sa culture, l’homme affirme sa supériorité, sa capacité à modifier son apparence, à se créer une nature propre. La particularité des populations photographiées par Hans Silvester est leur passion décorative et la liberté qu’elles manifestent dans la création de peintures corporelles éphémères, réalisées non à l’occasion d’une cérémonie mais de manière quotidienne et gratuite, pour le seul plaisir du regard. Elles sont surtout le fait des jeunes filles désireuses de séduire ou des jeunes hommes qui rivalisent d’invention et de virtuosité en usant des deux mètres carrés de leur peau, parfaitement glabre, comme le ferait un peintre de sa toile.
Ils y inscrivent des motifs non figuratifs (il ne s’agit pas d’imiter la nature, mais bien de s’en distinguer) à l’aide d’éléments voués à une disparition rapide : argile, noir de fumée, bouse de vache mélangée à de la cendre (qui en outre protège des moustiques). Jamais corps nus n’ont paru si habillés. Le photographe s’attache à nous les montrer comme des oeuvres vivantes : corps-sculptures polychromes, portraits-masques où seul le regard trahit la présence humaine, rehaussés de toutes les parures que propose la nature. Ses images aux formats de tableaux, aux qualités plastiques qui émerveillent l’oeil, ne peuvent qu’inciter à se livrer au petit jeu des rapprochements avec tel ou tel peintre moderne ou contemporain. Nul hasard dans cette proximité, si l’on se souvient du rôle que « l’art nègre » joua dans l’élaboration de l’esthétique moderne : même désir de l’esprit de s’affranchir des apparences et de la contingence, de proclamer sa liberté.
Tribus de L’OMO / Hans Silvester
(Crédit texte et photos : Google – Les peuples de l’Omo – Hans Silvester)




